Le WHARF de PAAGOUMENE,
Sur les traces du passé, le futur est en marche.


Petite ville de Nord de la Calédonie, Paagoumène fut dans les années 40 et jusqu’au début des années 60, une véritable capitale minière.
Des vestiges de son « wharf », le quai d’embarquement de minerai, subsiste encore à l’emplacement du nouveau système de manutention automatisé de la SLN Tiebaghi.

Des anciens ayant travaillé sur l’ancien wharf de Paagoumène, à terre et en mer se souviennent de l’activité économique qui régnait alors

Paysage du Nord. La baie avec le wharf au fond.

« Le minerai de chrome était extrait un peu plus haut, de la grande mine de la Tiébaghi mais aussi de plus petites exploitations, comme Chagrin, Alpha, Fantoche… et d’autres encore » nous raconte Alfred Mélas.
Aujourd’hui retraité à Koumac, il était alors charpentier de marine, et pratiquait le chalandage. Il a commencé à 15 ans et demi avec son père en 1942. Plus tard avec son remorqueur il chargeait le minerai sur son bateau en bois au bout du wharf. Le minerai était transporté à bord des minéraliers ancrés plus loin dans la baie de Paagoumène.
« Mes quatre ouvriers charriaient jusqu’a 70 à 80 tonnes de minerai de chrome par jour » dit il. J’avais en outre deux matelots ».
« On travaillait à la pelle à main. En ce temps là, précise t il pas de pelle mécanique.
Sur le wharf, deux rangées de rails permettaient le va et vient des wagons rempli du produit de la mine… Au bout il y avait la bascule pour peser le minerai et pour remplir les minéraliers de 8000 tonnes. Cela prenait 20 jours environ indique Alfred Mélas. »

« En ce temps là, la vie était bonne, poursuit-il. Elle n’était pas chère, on ne courrait pas après l’argent.
Ici à Paagoumène on étaient tous « famille » on partageait, on était copains même avec les patrons. Je me souvient d’un certain Beckman, un grand-cowboy, un bon patron celui là » Indonésiens, tonkinois, vietnamiens, wallisiens tahitiens, calédoniens et même mélanésiens tout le monde s’acceptait sans distinctions.
On s’amusait à la salle des fêtes de la ville, lors des bals. Il y avait un débit de boisson.

Koné à cette époque n’existait pas « c’était peau de balle » conclue Alfred.

Les rails destinés a accueillir les wagonnets rempli de minerai.
Un côtre, bateau en bois, et derrière le wharf.

René Clause, ami d’enfance d’Alfred, a grandi lui aussi à Paagouméne. Son père, livrait des poteaux de bois destiné à la mine Fantoche. Il employait trois japonais et trois javanais. Plus tard adulte, René a travaillé à la mine. Au début dans la mine Chagrin, puis à Thiébaghi, il est devenue pointeur à la bascule, au passage des wagons chargé de minerais. avant leur chargement à Paagoumène.

Ici c’était une petite capitale du Nord dit il. Il y avait 300 personnes en permanence. Mélanésiens, Caldoches, ou Asiatiques. On avait des coins bien a nous. Là haut, dit il en nous montrant les endroits, il y avait les chinois, en bas les javanais et plus bas les européens. A la pointe là bas, la direction.

Je me souviens du patron Mr Carter dit il. Il venait prendre l’apéritif avec nous au club de Paagoumène. J’ai retrouvé sa fille Rose Carter en Australie une fois précise t il.
Là haut aussi, à Thiebaghi, il y avait un club tenu par M.Say. On faisait des bons petits coups de fête.

Au quotidien, on faisait nos courses au comptoir de la société Thiébaghi, qui sera racheté après guerre par la société Ballande. Le bateau du Tour de cote s’arrêtait au wharf pour approvisionner conclue René. Il y avait le bateau « le loyauté » « le néo hébridais », et le « mawata « un bateau à vapeur. Ils mettaient plus d’une semaine à venir de Nouméa, car ils passaient par la Cote est et s’arrêtait à Poum pour charger les trocas.

Cette ambiance a duré jusqu'après la guerre, conclue René puis tout a changé il y a eu un grand bouleversement dans les mentalités mais ça marchait bien quand même.

Aujourd’hui à coté du wharf de Paagoumène, un nouveau quai de chargement de haute technologie de la SLN est érigé. Il permet l’accès des convoyeurs en mer afin de charger à terme, des minéraliers de 28 mille tonnes et plus.

Sur et autour du quai les hommes s'activent.

Du passé au présent, la baie de Paagouméne reste toujours vivante dans l’histoire Calédonienne.

Article
Alexandre Rosada
Photos

Archives de la Nouvelle Calédonie.
Alexandre Rosada