Dans
cette émission "REGARDS"
présentée et préparée par Alexandre Rosada, et
Ali Chamsudine nous vous invitons à une rencontre
avec une mémoire politique et religieuse de Mayotte,
celle de Zoubert Adinani, un des hommes
qui se battit pour que Mayotte reste française dans les années
67 à 75.
Notre invité est à la fois un homme politique
et religieux.
Politique car il s'est engagé pour que son pays reste fidèle
à la France, et religieux car en sa qualité de
dignitaire respecté et écouté, Zoubert
Adinani vient d'être désigné pour organiser
et fédérer l'Islam à Mayotte afin de l'ancrer
sereinement et solidement dans la république laïque.
...mais sans plus attendre nous partons avec un reportage de terrain,
à Combani écouter une première
partie de
son récit de vie.
"Je suis de Tsingoni, commence-t-il, c'est mon village natal.
J'ai acheté un terrain depuis 1979 et j'habite içi
depuis 1994...c'est calme, j'y ai mon jardin, ma famille. Lorsque
j'ai été choisit par les gens de ma commune comme
Maire j'ai décidé de m'impliquer".
Sous
la véranda de sa maison nous continuons à écouter
son récit de vie.
"ça c'est mon père, nous raconte-t-il en nous
montrant une photo. Il était cadi, c'était un agriculteur
il partageait son temps entre la campagne et la mosquée.
J'ai 5 frères et 2 soeurs de la même mère ajoute
t il.
Ma vie d'enfant était difficile, c'était la misère,
nous n'avions pas de bourses, mon père n'était pas
riche. Je me souviens en 1959 de mes études à Madagascar,
lorsque je faisais le voyage de Majunga à Tananarive c'était
trés long, conclue t il.
Nous abordons sa carrière administrative et politique.
"J'ai commencé en 1962 et j'ai été affecté
à Anjouan.
Je
travaillais à la Justice, mais je voyais les gens revendiquer,
ça me touchait beaucoup.
Il n'y avait pas de raisons que l'on abandonne tout et que l'on
tranfère tout ce qu'il y avait à Mayotte
aux Grandes Comores.
J'ai donc commencé à militer en 1963.
Mes compagnons de luttes s'appelaient Adrien Giraud, Younoussa Bamana,
Marcel Henry.Chacun avait son caractère mais l'objectif était
commun. La ligne de fond c'était la France.
Sentait-on déja l'indépendance dans ces années
là ? Oui on le savait car l'autonomie interne c'est l'antichambre
de l'indépendance.On faisait des formations accélérées,
c'était la demande de l'autorité comorienne. C'était
une époque difficile poursuit Zoubert
Adinani, une époque d'injustices, de représailles,
de persécutions, de condamnations, de licenciements abusifs,
d'affectations injustifiées. C'était une période
trés difficile.
Vient alors l'évocation de la personnalité d'Ahmed
Abdallah, le président.
Quel homme était il ? Un homme d'affaires répond
Zoubert Adinani. Trés dynamique, il aimait les affaires,
il achetait tout.
C'était un grand propriétaire terrien. Il possédait
plus de 300hectares à Mayotte mais aussi à Anjouan
et en Grande Comore.
Il aimait s'enrichir.
Mais quel était son jeu politique à Paris?
Il connaissait des gens et chaque fois il cherchait à étouffer
les revendications mahoraises.
Nous n'avions pas de parlementaires mahorais juste des députés
des Comores. Les parlementaires qui siégeaient
au Sénat et à l'Assemblée étaient des
Anjouannais et des Grands Comoriens pas des Mahorais.
Aviez vous des relais au sein du gouvernement ? Oui nous avions
eu Messmer en 72 qui avait fait des déclarations en notre
faveur, nous avions des amis comme Alain Poher au Sénat,
et en 75 Jacques Chirac avait déposé aussi une proposition
de loi.
Zoubert Adinani poursuit cette évocation
historique avec les évènements à Mayotte, échauffourées,
les référendums, et la déclaration unilatérale
de l'indépendance. Un reportage en dresse la chronologie.
Nous revenons en plateau pour évoquer ces moments qui ont
marqués la mémoire du pays.
L'émission continue a évoquer les grandes dates de
la vie de Zoubert Adinani. Ainsi son
action au sein de SMIAM pendant plus de vingt ans est illustrée
d'un reportage. Puis nous évoquons la déchirure entre
MPM et MDM, un nouveau reportage montre les divergences entres des
hommes dont les combats furent incessants pour le bien de Mayotte.
Zoubert Adinani lance un message d'espoir
en faveur d'une réconciliation toujours possible.
Notre émission se termine par l'évocation du sacré
dans la vie de Zoubert Adinani.
La religion est dans mon sang dit-il je suis né avec.
Il évoque cette mission actuelle qui est de fédérer
les associations religieuses, les écoles coraniques, les
madrassas, de Mayotte pour sauvegarder les acquis dit il. Pour former
des imams, moderniser écoles et mosquées, afin que
tout les musulmans de Mayotte parlent d'une seule voix auprés
de l'administration et dans le Conseil Représentatif des
Musulmans de France.
Mon rôle est de réconcilier. Une mission d'espoir termine
Zoubert Adinani, dont devraient s'inspirer
les politiques de Mayotte dans les années à venir
pour faire gagner Mayotte au sein de la République.