Les Tirailleurs Kanak

(Coll G.Viale)

Histoires Pays Pays D'Histoire



Départ des Mobilisés de Voh.
(Coll.Vautrin)

Aujoud'hui :

Une Mémoire Calédonienne Commune de la Grande Guerre...

une émission proposée par :

D'origine culturelle, Européennes ou Kanak, mobilisés ou volontaires, les Calédoniens répondirent nombreux avec la même ardeur patriotique, pour défendre le droit et la liberté lors de la Première Guerre Mondiale.
C'était il y a presque 90 ans, le 23 Avril 1915 partaient, les "Niaoulis", le premier contingent d'engagés calédoniens sur le bateau "Le Sontay".Ils étaient plus de mille. Un an plus tard le 3 juin 1916 c'était au tour du Bataillon Mixte du Pacifique.Eux s'embarquaient à bord du Gange, pour rejoindre le Front. Un Bataillon mixte composé de Volontaires Kanak, et de Tahitiens, prés d'un millier d'hommes dont 596 tirailleurs Kanak.
Ces "poilus" de Calédonie, de toutes cultures porteront leur Fanion à la Roussette sur de nombreux théatres d'opérations. Ils seront sur les Fronts de l'Aisne, de l'Oise, de Champagne, certains iront jusqu'au Front d'Orient...Les Kanak participeront à la 2ème bataille de la Marne, seront cités pour la prise de la ferme du Petit Caumont....Episode moins connu, 22 Kanak loyaltiens iront même jusqu'en Sibérie Orientale, à Vladivostock. Il se retrouveront engagés sur un aviso, le Kersaint, chargé d'une mission de renseignement et d'espionnage...!

Dans une première partie nous étudions avec Sylvette Boyer, docteur en Histoire et auteur d'une thèse sur la Grande Guerre en Calédonie, la situation géopolitique dans le Pacifique justement. Les allemands détenaient de nombreuses colonies, nous dit-elle, notamment, les Samoa, la Papouasie Nouvelle Guinée et la Micronésie.
A la faveur d'insytructions secrétes datant de 1912, qui seront appliquées dés l'entrée en guerre, les alliés s'unirent pour chasser l'ennemi etse partager ses possessions. Les allemands en fuyant vers le vieux continent bombarderont Papeete en Septembre 1914, mais ils seront définitivement coulés dans leurs retraite prés des iles Falklands par les britanniques....

En Calédonie la Mobilisation est décrétée le 5 Aout 1914..c'est Jules Repiquet Gouverneur par intérim qui assure les pleins pouvoirs...Nouméa devient centre de recrutement pour tout le pacifique.Les citoyens français sont concernés en premier, les kanak soumis aux lois de l'indéginat ne sont pas concernés mais ils se porteront quand même volontaires. Sylvette Boyer nous
explique les deux types de recrutements ainsi que les rôles des chefs et de certains missionnaires comme le Pasteur Leenhardt.

Emmanuel Kasarérhou, directeur culturel du centre Tjibaou, évoque le cas de Kanak de Houailou qui avaient été "transportés" par le discours du grand chef de Gondé qui faisait appel aux qualités guerrières des Kanak. Suite à cela les Kanak allèrent presque aussitot s'engage
Nous écoutons des extraits de textes lus issue de l'exposition de la Grande Guerre présentée au Musée de la Ville de Nouméa,notamment un témoignage de M.Qaeze, fils de Naulue Qaeze.
Nous écoutons aussi le témoignage d'un ancien combattant de Touho, Georges Leroy qui évoque sa mobilisation. Cette archive sonore nous a été aimablement prétée par Sylvette Boyer qui avait enregistrée l'ancien combattant en 1990.
L'émission se poursuit et nous essayons de comprendre quel était l'état d'esprit des Calédoniens qui partirent à la Grande Guerre. Ils avaient le sentiment de défendre la France nous dit Sylvette Boyer, ils étaient surtout de bons chrétiens.Emmanuel Kasarérhou, précise qu'on leur avait aussi fait des promesses, la nationalité française ainsi que 25 hectares et, précise-t-il, une tête de bétail mâle et une femelle ainsi qu'un fusil, bef de quoi créer une station. A leur retour ces promesses ne seront pas tenues. Plus tard Sylvette Boyer précise qu'en 1923/24 on avait demandé aux Kanak s'ils souhaitaient devenir français mais il avaient refusé dit elle. Pourquoi ? Pour des questions relatives au foncier répond -elle. Elle ajoute qu'en 1933 un décret d'application reconnaissant la qualité de citoyen français aux Kanak anciens combattants aurait du s'appliquer, or cela ne s'est pas produit.



Le Catalogue du Musée de la Ville de Nouméa.
Nous poursuivons l'évocation de cette période historique avec le départ des bateaux pour le front.Georges Leroy nous parle de la vie à bord du Sontay et du jeu de la "carotte". Nous écoutons un texte de Fernand Goyetche écrivant depuis le bateau Gange à sa soeur Théodorine. Nous arrivons à Marseille et Sylvette Boyer évoque les affectations des Calédoniens sur les différents fronts de guerre. Georges Leroy nous parle du Front d'Orient, de ses combats dans les Dardanelles face aux Turcs puis ensuite aux Bulgares. Une lettre de Louis Gondelon est aussi lue. Lui, mourra au front de la Somme en 1916. Une occasion de rappeler qu'à cette date en Calédonie, les rumeurs d'une révolte Kanak se faisaient entendre. Sylvette Boyer précise les raisons multiples de ce soulèvement en 1917.

La deuxième partie de l'émission évoque largement le Bataillon Mixte du Pacifique. AU début le BMP est positionné à l'arrière du front, les Kanak sont d'excellents poseurs de lignes, malgré les bombardements précise Sylvette Boyer.C'est en 1918 que les tirailleurs Kanak et le BMP connaissent l'épreuve du Feu, notamment en renfort de la 10ème armée lors de la deuxième bataille de la marne, puis a la bataille de la Serre où ils se distingueront, le 25 Octobre, par la prise de la ferme du petit Caumont. Cela leur vaudra une citation à l'ordre dela 10ème armée.
Emmanuel Kasarérhou évoque les témoignages d'anciens combattants qui avaient été choqués par l'aspect étrange d'une guerre où l'on montait au combat"à froid' sans se chauffer d'abord comme dans les guerres Kanak où l'on cite les noms des gens à combattre.Plusieurs textes sont lus sur les conditions de vies au front, notamment les maladies qui furent fatales à de nombreux tirailleurs.
Vient alors l'évocation de l'épisode des 22 Loyaltiens engagés sur le bateau le Kersaint et qui se retrouvèrent en Sibèrie. Ils souffrèrent du froid nous dit Sylvette Boyer. Là bas point de combats puisque le bateau avait une mission de renseignement, alors, ils s'illustrèrent par la pêche et le sport face aux Japonais. Hélas trois d'entres eux moururent.Les 19 restant furent rapatriés.
La fin de l'émission évoque le retour des Calédoniens et la mémoire de leurs actions ainsi que les pertes humaines de cette grande guerre. Sur 1234 mobilisés calédoniens 185 tombèrent pour la patrie, sur 1039 kanak engagés 359 sont morts dont 140 venant des iles et 132 de la cote Est. Aujourd'hui leurs noms sont inscrits en lettres d'or sur les monuments aux morts et leur mémoire est éternelle.

Sylvette Boyer, docteur en Histoire.


Remerciements : Véronique Defrance, Sabine Ollivier, Musée de la Ville de Nouméa ainsi que les enregistrements des voix de Christophe Delorme, Bruno Milloud, Petit Lou et Sylviane Vialle.
Remerciements : Karine Piquet Archives de La Nouvelle Calédonie. Roger Dosdane et Cécile Renneteau de RFO. L' ADCK pour le N°11 de la Revue Mwaa Véé. Sylvette Boyer et Franck Madeuf pour le document Sonore de Georges Leroy,